Saturday, 10 January 2009

Films, expos...la culture ne connaît pas la crise


a culture affiche une santé insolente. Malgré la crise, le public est au rendez-vous. A tous les rendez-vous : les salles de cinéma ou de théâtre sont pleines, des concerts refusent du monde, les festivals ne désemplissent pas, des musées affichent des chiffres record. L'année 2008 est excellente, voire exceptionnelle, avec une fréquentation à la hausse dans la plupart des secteurs.

Courir à une exposition ou assister à un spectacle de danse serait-il le meilleur antidote contre la morosité, une "valeur refuge", comme le suggèrent des experts du ministère de la culture ? Un exemple : les Français se sont rués sur les livres en décembre 2008 - notamment la trilogie Millénium, de Stieg Larsson (Actes Sud), ce qui permet à l'édition de bien terminer une année qui avait mal commencé.

On manque de recul pour savoir si cette très bonne santé sera durable. Mais les chiffres sont là. Le cinéma, baromètre des sorties culturelles des Français, a donné le ton. Le 7 janvier, le Centre national de la cinématographie (CNC) annonçait en fanfare une augmentation de la fréquentation en salles de 6,2 % par rapport à 2007, soit 188,8 millions d'entrées. Et le dernier trimestre 2008 fut excellent. Les 195 millions de spectateurs de 2004 ne sont pas atteints, certes, mais la moyenne des dix derniers exercices - 179 millions - est nettement dépassée. Dans quelques jours, le CNC devrait dévoiler une autre bonne nouvelle : jamais les films français ne se sont aussi bien vendus à l'étranger qu'en 2008.

Les musées ? Ils n'ont jamais été aussi visités. Quelques gros établissements parisiens ont même publié des communiqués triomphants : 8,5 millions de visiteurs en 2008 au Louvre, soit 200 000 entrées de plus que l'année précédente. Et surtout "une hausse de 67 % depuis 2001". Le Centre Pompidou affiche les chiffres "les plus élevés" depuis les travaux de rénovation du mammouth coloré, en 2000 : 2,75 millions de visiteurs dans les expositions temporaires et les collections permanentes, soit une hausse de 6,3 % par rapport à 2007. Versailles aussi a réalisé une année record, avec une fréquentation dopée par l'exposition Jeff Koons.

Seul le Musée d'Orsay fait un peu exception, avec une baisse de 4,4 % de fréquentation (3,25 millions de visiteurs en 2008), mais le nombre de billets vendus a augmenté dans ce musée de 15 % depuis le mois d'octobre, au moment même où le pays était gagné par les difficultés économiques. Cela visiblement grâce au succès des expositions Pastel (250 000 visiteurs) et Picasso-Manet (437 800). Les gros établissements parisiens ne sont pas seuls à la fête. Des musées plus modestes, partout sur le territoire, affichent un bel exercice 2008. Les chiffres ne sont pas définitifs, mais la direction des musées de France (DMF) au ministère de la culture pronostique une croissance des entrées de l'ordre de 2 % à 3 % pour la trentaine de musées nationaux.

La DMF s'attend à retrouver le même schéma dans les 1 200 musées du territoire : un très bon premier semestre, un été décevant, mais une belle embellie à l'automne. Le plafond de 52 millions d'entrées, atteint en 2007, devrait donc être battu. Le ministère de la culture cite le "record" du Musée d'Aquitaine, à Bordeaux (176 000 visiteurs), ou celui du Musée Fabre, à Montpellier, qui vient d'être rénové et a franchi la barre des 300 000 billets.

Marie-Christine Labourdette, directrice des musées de France, en est persuadée : "La crise incite les gens à se tourner vers des lieux préservés. Le monde change, l'avenir inquiète ? L'intangibilité des oeuvres d'art et la stabilité des musées rassurent." Des économistes de la culture constatent en effet qu'en période de crise, les ménages sacrifient des grosses dépenses, mais pas les sorties culturelles bon marché. Et que, après la crise de 1929, les salles de cinéma étaient bondées aux Etats-Unis... Un prix d'entrée abordable n'explique pas tout. Sinon comment interpréter l'affluence dans les opéras et dans certains concerts de musiques actuelles, plutôt coûteux, entre 50 euros et 100 euros, voire largement au-dessus ?

L'opéra ne s'est jamais aussi bien porté, à écouter la directrice de l'association Réunion des Opéras de France, Laurence Lamberger-Cohen. "Pour les grands titres, le remplissage atteint 100 %. A Angers-Nantes-Opéra, ils n'ont jamais eu autant de monde et ils sont inquiets de ne pouvoir répondre à la demande, observe-t-elle, Tosca, à Bordeaux, est quasiment complet, comme Siegfried, à Strasbourg, Carmen, Faust et Salomé, à Toulouse." Laurence Lamberger-Cohen ajoute un bémol : "Nous vivons sur les abonnements pris en septembre 2008, avant la crise. L'épreuve de vérité sera au printemps", au moment où sortiront les brochures de la saison 2009-2010.

Le rock ou la chanson ne sont pas en reste. Un bon indice est le montant de la taxe perçue par le Centre national des variétés sur le prix des billets de concert : il devrait correspondre aux 7,5 millions d'euros perçus en 2007. On note bien quelques notes dissonantes. "La fréquentation de la Salle Pleyel a un peu flanché avec la crise, surtout les places les plus chères. En revanche, la Cité de la musique n'a pas subi de recul", constate Laurent Bayle, qui dirige les deux établissements parisiens. Pour le théâtre, une fracture semble se dessiner. Pour Georges-François Hirsch, responsable du secteur au ministère de la culture, "les théâtres publics semblent à l'abri", alors que les salles privées ont "connu une baisse de 4 % en 2008, particulièrement en octobre et en novembre".

Il est vrai que les tickets sont beaucoup moins chers dans les théâtres publics - subventionnés par l'Etat ou les collectivités locales - que dans les théâtres privés. "Les premiers, ajoute Georges-François Hirsch, tiennent aussi le choc grâce à leur politique d'abonnement." Les spectateurs réservent plusieurs pièces en début de saison et bénéficient de tarifs préférentiels. Emmanuel Négrier, chercheur au CNRS et analyste des politiques culturelles, fait l'hypothèse que, dans le théâtre public, il pourrait y avoir un abonnement militant. "Les budgets régressent, la culture comme symbole paraît menacée, et, par solidarité, des spectateurs s'abonnent." Il ajoute : "Le public abonné a peut-être aussi un pouvoir d'achat qui l'écarte de la crise."

Ainsi, au Théâtre des Amandiers, à Nanterre, "le public augmente depuis quatre ans", le taux de remplissage reste au beau fixe, et "atteint même 100 % pour la pièce Le Silence des communistes". "On n'a jamais eu autant d'abonnés", se réjouit de son côté Alain Herzog, administrateur du Théâtre de la Colline, à Paris, l'un des six théâtres nationaux. Les responsables de musées, théâtres, opéras, salles de spectacles bénéficiant d'aides publiques restent prudents pour trois raisons. Certains, surtout les gros musées, sont fortement tributaires de la venue de touristes étrangers. Que vont faire les Américains ou les Japonais, frappés par la crise ? Ensuite, les subventions sont à la baisse. Ce qui induit une réduction de l'offre - de spectacles à l'affiche, par exemple -, et donc du public.

Dernière crainte : le reflux du mécénat, en raison de la crise économique. Il est déjà perceptible dans plusieurs gros musées. Nombre de festivals aidés par des marques, note Emmanuel Négrier, pourraient également déchanter à l'horizon 2010, alors que leur fréquentation reste stable ou augmente. "Peut-être, à Avignon ou ailleurs, suggère Emmanuel Négrier, le festivalier a-t-il réduit ses dépenses pour faire face à la baisse du pouvoir d'achat, mais la culture demeure une pratique sociale, un moment de partage."


Clarisse Fabre, Nathaniel Herzberg et Marie-Aude Roux
Article paru dans l'édition du 11.01.09

Monday, 5 January 2009

Who has the right to censor art?

Lene Berg*, artist, to The Art Newspaper:

In the light of what happened to my project at Cooper Union [last month, the museum removed a giant banner with a reproduction of a Picasso drawing of Joseph Stalin, after protests from the Ukrainian church opposite], it is a bit ironic that the show was announced under the headline, “Art and politics as usual”. Another event in this series was a talk by the Swiss artist Thomas Hirschhorn, who said, among other things, that it is of great importance that artists remain independent of curators, institutions, dealers and critics, and I think everyone present that night agreed almost automatically. But what does it mean to be independent? And what are the conditions for artistic independence, or freedom? These are themes I have worked with in both of the projects that were supposed to be shown at Cooper Union, to which the façade-banners were to be an introduction, and to draw attention and discussion.

We are all dependent on others in order to enjoy any kind of freedom; to act independently is not an individual choice only. I would not have been able to hang the banners on the façade of Cooper Union without an invitation, or without collaboration as well as funding. Yet, neither the fact that I was invited to do this, nor the principle of freedom of expression was enough to protect the banners from being removed without warning or discussion. It seems like the only thing that could have kept them there would have been a very powerful person putting his or her prestige behind them—and this didn’t happen.

When you do projects in a public space you are asking for trouble, both as an artist and as an institution, and one has to be prepared for attacks. No one had foreseen the Ukrainian reaction, or the already existing conflict between Cooper Union and the Ukrainian community. But any kind of public art has the ability to offend someone, even if it is not so intended. Any image or presentation that is ambiguous is likely to be read as offensive by someone. Therefore, when you make art in a public space the question is not how to avoid offending people, but how to deal with these reactions. Cooper Union decided that the best way was to take down the banner, and to try to silence the reactions with a statement that was so well balanced that it worked more as a cover-up than a starting-point for a discussion.

The intended provocation of the banners lies not primarily in the fact that I show an enlarged portrait of Stalin, but in the combination of one of the most famous artists from the 20th century, Pablo Picasso, and one of the most infamous dictators of the same period, Joseph Stalin. Normally these two short and powerful men would not figure in the same story, or in the same presentation of history. But here they are together, linked by a charcoal drawing. What happened to the banners at Cooper Union in 2008 echoes in an almost comic way what happened to the drawing in 1953 when Louis Aragon, who had commissioned it, was forced by his own French communist party to disown it because it was deemed disrespectful to the tyrant.

If the Civil Liberties Union is right in assuming that the banners were removed because of their content, this case is probably a good example of how censorship works in a liberal democracy. Instead of direct censorship, we have rules and regulations that allow people in power to stop whatever does not please them, without making their reasons public. Picasso’s Stalin has a historical context, but it clearly also touches contemporary issues and tensions in ways I did not foresee. I did not seek for the show to be closed or the banners to be removed; but now that this is a fact, the value of the show lies in the debate this event can generate.

*The writer is an artist based in Sweden